Claude Lanzmann raconte dans ce film sa rencontre avec une infirmière nord-coréenne. Fidèle à son style documentaire immersif, Lanzmann signe une œuvre simple. Dans la crise actuelle avec Pyongyang, elle prend cependant une dimension nouvelle.

Lanzmann revient sur les lieux d’un amour éphémère à Pyongyang

A 91 ans, le réalisateur français a de nouveau trouvé la force de tourner un documentaire hors du commun. Napalm, tourné en RDPC, est le récit de sa courte histoire d’amour avec une infirmière nord-coréenne. On est en 1958, la Corée du Nord panse encore ses plaies. Claude Lanzmann visite le pays avec une délégation des Jeunesses Communistes. Il rencontre Kim Kun-sun, beauté travaillant pour la Croix-Rouge. Elle lui fait ses injections de vitamines. S’en suit une relation courte mais passionnelle. Les deux sont obligés de recourir aux gestes et aux bruitages pour communiquer, car ils ne parlent pas la même langue. Ils ont cependant un mot en commun : « Napalm ». Kim Kun-sun connaît le nom de l’agent chimique qui lui a brûlé le ventre quelques années auparavant.

A la fois intime et politique

Fidèle à son habitude, Claude Lanzmann est à la fois le réalisateur, la voix, le reporter et l’acteur principal de Napalm. Il divertit par son attitude frondeuse, voire suicidaire, envers les autorités nord-coréennes et par sa présence devant et derrière la caméra. Il émeut et fait sourire par le récit de son amour qu’il livre au spectateur comme s’il était une vieille connaissance. Il met aussi en perspective nos relations avec la mystérieuse Corée du Nord. Il rappelle les 3 millions de litres de napalm lâchés sur le pays par les États-Unis, les exactions et les horreurs de la Guerre de Corée. Et surtout, en parlant d’une Coréenne du Nord sur un ton encore un brin amoureux, il donne corps et âme aux Coréens du Nord. C’est assez rare pour être remarqué. C’est un peuple que nous avons pris l’habitude de craindre et/ou de prendre en pitié, à voir comme une masse passive enchaînée derrière un tyran. En ce moment, où le discours belliqueux domine, Napalm donne un contre-éclairage remarquable sur la péninsule coréenne. C’est d’autant plus réussi que c’est à travers l’histoire d’une rencontre si éphémère.

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